Interview au journal Pan: «Je suis là pour les idées, pas pour le parti!»

Céline Delforge Profession : Députée bruxelloise (Ecolo) Age : 32 ans Signes particuliers : Électron libre pour les uns, véritable terroriste parlementaire pour les autres, Céline Delforge cultive plus les emmerdements que les amis. Ce qui en fait une excellente mercenaire au service du contre-pouvoir

Serez-vous sincère pendant cette interview ?

On va tenter le coup !

Pourquoi faites-vous de la politique ?

Pour changer les choses.

Avez-vous un modèle ou un héros ?

J’adore Pier Paolo Pasolini. Il me renforce dans une série de choses que je pense. Et j’ai appris aussi à savoir qu’on peut avoir raison et se mettre beaucoup de monde à dos, mais que ce n’est pas grave.

Comme lorsque vous vous êtes opposée à la Constitution européenne…

C’est vrai que lorsque je m’y suis opposée, je me suis fait peu d’amis en politique institutionnelle…

Lors du débat sur le traité, selon Guy Vanhengel, vous étiez pire que les marxistes, trotskystes et maoïstes qu’il avait fréquentés dans sa jeunesse. C’est vrai ?

Soit ceux qu’il a rencontrés étaient particulièrement soft, soit le fait d’avoir une vision un peu plus à gauche que le VLD revient à être un communiste avec le couteau entre les dents.

Quel est votre positionnement idéologique ?

Écologiste radicale. Et pour moi, l’écologie est de gauche. Je suis d’une tendance à vouloir revoir la société de consommation et le cœur du système plutôt que de vouloir greenwasher le système capitaliste.

Vous pensez être plutôt représentative ou à la marge d’Ecolo ?

Je suis contente, parce qu’après 2003, il y avait une espèce de peur chez Ecolo. On s’en était pris plein la gueule pour pas un balle et du coup c’était « ne déplaisons à personne ». Maintenant, comme tous les autres partis se sont lancés dans le greenwashing, Ecolo a refait un vrai travail programmatique de fond. Je me trompe peut-être, mais je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup bougé. C’est le parti qui l’a fait, et dans le bon sens. Lorsqu’on s’attaque à la régulation d’un système censé être de concurrence libre et non faussée, qu’on est prêt à revoir les modes de production au cœur du système tout en se posant la question de la redistribution des richesses… Pour moi, c’est un peu ça la définition de la gauche. On a un programme qui ne peut que déplaire à ceux qui prônent la consommation à tout crin.

Nombre de mandataires considèrent Ecolo comme un parti fréquentable, excepté quelques khmers verts parmi lesquelles vous êtes souvent citée. Ça vous dérange ?

C’est rigolo parce que ce sont souvent des gens qui s’affirment à droite qui ont cette réaction par rapport à moi. Peut-être que j’ai tendance à aller jusqu’au cœur des questions et des clivages gauche-droite et c’est clair que je n’utilise pas toujours un langage ultra-diplomatique. J’appelle un chat un chat. Ce qui ne plaît pas toujours à tout le monde. Mais quand je vois les gens qui me détestent et ceux qui m’aiment plutôt bien, je me dis que je préfère ce tableau-là que son contraire…

Vous avez laborieusement décroché la cinquième place sur la liste régionale. Le parti avait promis la troisième place à Marie Nagy… Est-ce que ce genre de pratique concorde avec les vertus d’Ecolo ?

Il y a un changement de méthode chez Ecolo. On n’est plus dans des pôles où les militants votent pour chaque place. S’il y a des deals dans les couloirs, je n’y participe pas. Et je ne trouve pas ça génial si ça se fait. Mais ceux qui font ça n’ont qu’à se débrouiller. Parce que ce n’est peut-être pas toujours facile à gérer par après…

Avez-vous déjà pensé à quitter Ecolo ?

Non, parce que le tournant que le parti connaît actuellement, d’un point de vue programmatique, me plaît. Mais c’est clair que je me suis déjà posé la question. Parce que je ne fais pas de la politique comme au PS, à savoir le parti d’abord et les idées ensuite. Je suis là pour faire réussir des idées et non une organisation. Et tant que je m’y retrouve, j’y reste.

Si un mouvement du type NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste de Besancenot) existait en Belgique, vous y adhéreriez plutôt qu’à Ecolo ?

La question ne se pose pas parce qu’on n’est pas du tout dans la même configuration politique. Et même si je trouve sympathique certaines personnes et certaines idées de ce parti, je ne pense pas que je m’y retrouverais.

Le PTB risque de vous tailler des croupières ?

Je ne pense pas. Le problème de la gauche radicale en Belgique, c’est d’abord de se mettre d’accord sur un programme plutôt que sur des slogans. Quand je vois le PTB et leur campagne, je trouve que c’est du n’importe quoi. « Halte au cirque politique »… J’en déduis donc qu’ils ne font pas de politique ! « Diminution de la TVA sur l’énergie » : le PS défend la même chose ! Ils sont donc déjà représentés au Parlement…

Quid du système Kiwi (système d’achat groupé qui permet à l’État d’organiser un appel d’offres entre les firmes pharmaceutiques, pour obtenir le médicament au meilleur prix) ?

Ecolo défend ce système. J’ai tout de même quelques réticences sur le fait que ça fait jouer les systèmes de libre concurrence. Il y a donc une interrogation sur l’amont et les conditions de production de ces médicaments. Il faut voir si le « moins cher » ne se fait pas sur le dos des conditions de travail.

Quel est votre bilan du gouvernement bruxellois ?

Dans la colonne « positif » (ça fait fayot mais je vais le dire), j’ai été très agréablement surprise par Évelyne Huytebroeck qui a réussi à adopter une politique énergétique favorable aux populations les plus faibles. C’est facile à dire, mais vraiment pas évident à mettre en pratique. Côté négatif, je trouve que ça a été très mou. Et que la gauche n’est pas toujours là où on l’attend. Que le fameux plan de développement international du Ministre-président vient d’être épinglé comme parfaitement néolibéral. Et je crains fort que ce ne soit pas qu’un délire de chercheur. Mais on a aussi un ministre VLD, Guy Vanhengel, avec qui il faut composer… Et en mobilité, chez Pascal Smet, il y a du bon et du moins bon. Je pense que la même coalition, avec des rapports de force différents, fera du bon travail.

Quels furent les meilleurs et les pires ministres de ce gouvernement bruxellois ?

La pire, ce n’est pas difficile, c’est Grouwels ! Elle a franchi des limites qu’on ne franchit généralement pas. Et elle semble avoir de sérieux problèmes avec des populations d’origines bien précises… Du côté des meilleurs, je reprendrai Pascal Smet (avec ses qualités et ses défauts) et Françoise Dupuis. Tout le monde dit qu’elle n’est pas sympa, je ne trouve pas. Je la vois parfois sourire, moi.

Selon Rudi Vervoort, Ecolo n’a pas la carrure pour assumer la Ministre-présidence en cas de reconduction de l’Olivier. Vous voyez Évelyne Huytebroeck ou Christos Doulkeridis au poste de dirigeant de la Région, vous ?

Ou Yaron Pesztat, oui ! Évelyne Huytebroeck a montré pendant cette législature qu’elle parlait d’égal à égal avec les partenaires, qu’elle n’avait rien à prouver. Et même si elle a une allure de bonne bourgeoise, c’est quelqu’un qui assure. Mais peut-être que Rudy Vervoort trouve qu’une femme n’a de toute façon pas la carrure pour être Ministre-présidente…

Votre vision de Bruxelles, c’est une ville sans bagnoles et sans pubs ?

Sans bagnoles, non. Parce que c’est parfois utile. Avec beaucoup moins de bagnoles, oui ! Et sans pub commerciale dans l’espace public, certainement ! Je trouve qu’il n’y a aucune justification à offrir l’espace de tout le monde à quelques-uns pour leur communication et leur propagande.

Fusionner les communes de Bruxelles en une seule et grande commune, comme à Paris, c’est l’idée de Pascal Smet, ça vous dit ?

Il faut alors recréer quelque chose d’autre au niveau des quartiers. Mais le problème quand ça vient du côté néerlandophone, c’est qu’on ne sait jamais ce que cache ce genre de proposition. Il n’y a pas pire municipaliste que Pascal Smet lorsqu’on touche à Bruxelles-Ville. Ce qui le discrédite fortement sur cette proposition. À part ça, je trouve dramatique que des bourgmestrekes puissent faire en sorte que le code de la route soit la dernière des priorités.

Zoé Genot ou Bernard Wesphael ?

Zoé, pour des raisons affectives. Et parce qu’elle annonce plus la couleur que Bernard. Elle ne regarde pas d’où vient le vent avant de se décider vraiment.

Josy Dubié ou Jean-Claude Defossé ?

Jean-Claude. Il est peut-être moins grande gueule mais plus subversif. Et ce ne sont pas toujours les plus grandes gueules qui pissent le plus loin.

Il n’est pas trop vieux ?

C’est clair qu’il ne brille pas par sa jeunesse. Mais la vieillesse est relative. Regardez : il y a des jeunes cons inutiles…

Henri Simons ou Vincent Decroly ?

Henri Simons.

Jacky Morael ou Paul Lannoye ?

Paul. Il a quitté Ecolo où il fut d’un grand apport. Et je trouve ça respectable de quitter un parti et de ne pas céder aux sirènes des autres partis. Sirènes qui ne chantent pas longtemps, en général.

Christos Doulkeridis ou Évelyne Huytebroeck ?

Je me sens plus à l’aise avec les méthodes d’Evelyne. Là, je suis totalement convaincue.

Jean-Marc Nollet ou Jean-Michel Javaux ?

Jean-Marc. Même si on n’est pas toujours d’accord ou les meilleurs copains du monde, tout le travail qu’il fait au fédéral est très intéressant. Et je trouve qu’il a une certaine colonne vertébrale idéologique qui n’est pas négligeable. C’est quand même lui qui a réussi à positionner Ecolo pendant la crise financière…

Pas de lèche au président ?

Je ne lèche personne.

Didier Gosuin ou Céline Fremault ?

Ouf ! Humainement, Céline ! Et avec Gosuin, on a signé une proposition de résolution sur les puits de pétrole (moi, de la majorité et lui, de l’opposition), et c’était chouette de pouvoir travailler avec lui sur un sujet qui n’était pas facile. Et Céline, sur toutes les questions de féminisme, on s’est déjà bien amusé !

Selon Rudi Vervoort toujours, les écolos seraient trop nains pour rédiger un texte convenablement, et il doit sans cesse repasser derrière vous…

Le seul de mes textes sur lequel il est passé, il a dit niet et c’était pour mettre des conditions de respect des droits de l’homme dans les accords de libéralisation qui sont des grosses machines du néolibéralisme et de dérégulation. Donc, en effet, si on n’a pas les mêmes objectifs, je dirais que ce qui est un peu « nain », c’est de se dire de gauche et de refuser ce genre de proposition, et de ne pas avoir de souci avec le non-respect des droits de l’homme.

Ouvrier de droite ou patron de gauche ?

Si le patron de gauche est Siné de Siné hebdo, alors le patron de gauche !

Un commentaire impertinent à vos présidents de parti ?

J’en fais déjà assez comme ça

Qui remplacera Isabelle Durant à la coprésidence du parti ? Vous ?

Ce n’est pas que je ne veux pas, mais je ne pense pas être dans la short list. Ou alors, on fait des grosses surprises chez Ecolo.

Qui ferait une bonne candidate ?

Ça dépend de l’objectif qu’on fixe. Ce ne sera pas le même profil si c’est un vrai duo avec un poids égal ou si c’est plutôt un long chemin vers la présidence unique.

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

Je ne sais pas mais j’aimerais continuer à me regarder dans le miroir et regarder mes amis droit dans les yeux.

Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

Ça, on s’en fout un peu, non ?

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