Présentation du livre «Paroles d’exils»

Depuis plus de dix ans, l’Europe dit qu’elle a fermé ses frontières. Après avoir, dans l’après guerre, convoqué des immigrations de travail, et après avoir sacrifié une ou deux générations d’héritiers de ces immigrations qui n’ont été conçues que dans une logique purement économique, d’exploitation et de négation des hommes, nos pays ont décidé de ne pas « accueillir toute la misère du monde », même s’ils accueillaient encore très activement tout son coltan, tous ses diamants, tout son or, tout son pétrole. Cette politique de fermeture a produit deux effets fondamentaux : l’exclusion à l’intérieur de nos frontières, avec la fabrication d’une clandestinité grandissante, et son cortège de travail en noir surexploité, de prostitution, d’enfermements, d’expulsions forcées et parfois mortelles, de logements misérables et surpayés, etc… et l’externalisation à l’extérieur de nos frontières, avec son cortège de noyés, de bateaux perdus en mer, d’enfants morts dans des trains d’atterrissage d’avions, de réseaux mafieux, d’opérations de répression à grande échelle dans les pays nouvellement bombardés gendarmes de l’Europe. Elle a produit, surtout, une situation où les citoyens moyens des pays d’Europe ont appris à considérer comme normal, ou au moins ordinaire, que des êtres humains soient exploités, enfermés, humiliés près de chez eux, dans leurs rues, dans leurs villes, et pourchassés, jusqu’à la mort, aux marches de leur univers pétri de bons sentiments et d’humanisme à paillettes, sans autres raisons que leur pauvreté et leur origine.

Pour justifier une pareille politique inhumaine, il faut évidemment déshumaniser ses victimes. Des campagnes quasi officielles d’encouragement au racisme anti-Noirs au Maroc, aux discours de criminalisation, sur le « danger » supposé de personnes qui représentent au plus 1 % de la population en Espagne ou chez nous, les Etats, la plupart des médias installés, chacun s’affaire à banaliser le drame des migrants, à montrer que ces femmes et ces hommes ne sont pas tout à fait des humains comme nous, et en tout cas, certainement pas des citoyens. C’était donc la parole de ces femmes et de ces hommes qu’il convenait avant tout de restaurer et d’écouter. Le travail de récolte de témoignages qui a permis ce livre, a été réalisé dans cette perspective. Il a commencé en octobre 2005, dans les périphéries populaires de Rabat, s’est prolongé à Bruxelles, à Liège, à La Louvière, dans des églises occupées et dans des associations de quartier, s’est terminé en décembre 2006 à Dakar ou Douala, grâce à des responsables associatifs déjà organisés autour des « refoulés » et leur terrible souffrance.

Toutes les facettes d’un drame contemporain, à la première personne.

Situations de danger liées à une guerre civile, à un conflit ethnique, un arbitraire policier, ou tout simplement la misère et l’absence d’espoir, traversées à haut risque de trois, quatre pays africains, et puis du désert, réseaux de passeurs, tentatives en pirogues, barrages policiers, confiscations des maigres biens, incarcérations dans des conditions inimaginables, refoulements, camps informels près des enclaves espagnoles, événements d’octobre 2005 à Ceuta et nouvelles rafles massives depuis lors, racisme ordinaire au Maroc, mépris et incompétence des fonctionnaires de l’Office des Etrangers qui peuvent ruiner du jour au lendemain une vie qui se reconstruisait, discriminations de toutes sortes, peur des contrôles et du refoulement, angoisse du lendemain… Près de 200 témoignages réunis dans ce ouvrage : toutes les facettes d’un drame contemporain racontées à la première personne.

Le récit de ces parcours humains et des raisons qui ont poussé ces femmes et ces hommes à s’arracher à leurs familles, au pays de leur enfance, réduisent en poussière irrémédiablement les discours sur la « fascination » des migrants pour l’Europe comme ressort principal de leur projet. C’est un point capital. En effet, combien de fois n’a-t-on pas entendu un ministre de l’Intérieur refuser une régularisation, pourtant rendue indispensable par l’exacerbation de conditions de survie effarantes dues à la clandestinité, voire le plus petit aménagement humain des régimes de procédure, de contrôle, de placement en centre, au nom de la nécessité de ne pas créer « un appel d’air » ? Rendant ainsi implicite une dissuasion à la migration par l’organisation sciante d’un « accueil » inflexible et cruel. L’initiateur.

L’association « SOS Migrants » a pour ambition de rassembler des parlementaires et militants politiques, des acteurs associatifs, culturels, des artistes, des citoyens avec ou sans papiers, dans une démarche commune de dénonciation, de protestation, mais aussi de réflexion sur les questions posées par la politique des Etats en matière de migrations aujourd’hui. Nous ne prétendons en aucun cas remplacer les partis politiques dans la nécessaire redéfinition d’une politique juste et humaine en ces matières. C’est leur job. Et c’est aussi leur responsabilité, une très grave responsabilité qu’ils devront assumer très clairement lors des prochains rendez-vous électoraux. Nous voulons contribuer à démonter les mécanismes idéologiques et politiques qui tendent aujourd’hui à justifier l’injustifiable, nous voulons à tout moment montrer que ces pratiques inhumaines et stériles entrent en contradiction formelle et permanente avec les discours et les objectifs affichés d’une Europe démocratique et humaniste. Nous voulons pointer du doigt sans équivoque le trou noir effrayant dans la matière sociale, humaine, dans le Droit, que créent quotidiennement ces politiques. Nous voulons démontrer que le génie des hommes, quelle que soit leur couleur, celle de leurs papiers, leur origine, leur culture et leur place dans la société, pourrait permettre une autre Europe, une autre Afrique, d’autres relations entre celles-ci, comme il le fait chaque jour, et modestement, à l’échelle des amitiés, des écoles, des quartiers. Nous voulons favoriser toutes les prises de conscience, au niveau politique comme culturel ou citoyen, permettant de poser des actes de solidarité, d’humanité, et de fonder une autre vision de notre société, de notre planète commune.

Bruxelles, janvier 2007. Pour l’association « SOS Migrants »,

Serge Noël, écrivain et responsable associatif, Nadia El Yousfi, députée bruxelloise et échevine PS, Céline Delforge, députée bruxelloise Ecolo, Ali Guissé, travailleur social et membre de l’Union pour la Défense des Sans Papiers, Souhail Chichah, chercheur en économie à l’Université libre de Bruxelles, Aziz Mkichri, militant et responsable associatif.

Paroles d’exils Récits et témoignages de migrants entre l’Afrique et l’Europe Editions Biliki / Le Chant des Rues 540 pages – 12 euros – 50 dirhams – 2.500 FCFA Disponible en librairies, sur www.rezolibre.com et chez les éditeurs.

Les partenaires : Association « SOS Migrants » rue Rouppe à 1000 Bruxelles sosmigrants@hotmail.com – www.parolesdexils.be

Contacts : Serge Noël – 0032 486 85 73 81 – serge_noel1@hotmail.com Nadia El Yousfi – 0032 479 30 00 83 – nelyousfi@parlbru.irisnet.be Aziz Mkichri : 0032 476 60 54 23 – amkichri@yahoo.fr Céline Delforge – 0032 498 50 14 16 – cdelforge@parlbru.irisnet.be

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