Paroles de masculinistes: la Région ne doit plus tomber dans le panneau

En octobre dernier, un congrès international « Paroles d’Hommes » de la mouvance dite « masculiniste » (selon laquelle le féminisme dominerait nos sociétés et opprimerait les hommes…) s’est tenu à Bruxelles. Présentée sous une apparence anodine afin de bénéficier de subsides officiels, cette activité à donné une tribune à des individus qui remettent en question les droits des femmes durement acquis et qui nient ou relativisent l’existence de leur oppression (bien réelle celle-là…). Une question orale en commission des finances du 03 novembre à la secrétaire d’Etat Brigitte Grouwels sur le soutien apporté par la Région bruxelloise à cette activité douteuse.

M. le président.- La parole est à Mme Delforge.

Mme Céline Delforge.- Les 17 et 18 octobre dernier, un congrès international intitulé «Hommes: état des lieux », était organisé à Bruxelles par l’association belge « Relais-hommes » et le réseau international « Paroles d’Hommes ». Cette activité jouit, entre autres, du soutien officiel de la Région de Bruxelles-Capitale.

Le but de ce congrès consiste, selon ses organisateurs, à mener une réflexion sur la « place des hommes dans la société, dans la famille et dans le couple ». Derrière ces objectifs d’apparence anodine et consensuelle, les principaux organisateurs et orateurs tiennent pourtant un tout autre langage, très éloigné de l’harmonie entre les hommes et les femmes qu’ils prétendent souhaiter.

Dans la présentation du précédent Congrès « Paroles d’Hommes» qui s’est tenu à Montréal en 2005, on pouvait lire : « Depuis l’avènement du mouvement féministe, on constate que les attaques contre les hommes se sont multipliées et que la virulence de ces attaques a atteint des proportions inouïes (…) pour les féministes, l’homme représente l’ennemi à abattre ou l’animal à dresser. »

Dans les Actes du 1er congrès « Paroles d’Hommes » qui s’est tenu à Genève en 2003, on trouve ceci : « Des hommes et des femmes reprennent la parole pour dénoncer les exagérations d’un mouvement au départ légitime mais qui est actuellement en train de créer de nouvelles injustices : discrimination positive au travail; préjugés favorables aux mères en cas de divorce (…), fausses allégations de violence, d’agression sexuelle ou d’inceste (40% selon certaines études) sans possibilité de poursuite pour diffamation; pensions alimentaires disproportionnées; forte hausse du décrochage scolaire des garçons.»

Parmi les animateurs de ce courant de pensée, qui se définit comme « hoministe », M. Yvon Dallaire, sexologue québecquois, intervenant à Bruxelles, a fait une communication sur le thème « L’hominisme s’oppose-t-il au féminisme ? ».

L’un de ses ouvrages s’intitule « La violence faite aux hommes, une réalité taboue et complexe», dont on peut lire sur son site internet la présentation suivante : « M. Dallaire nous présente des faits surprenants, presque incroyables à première vue, démontrant que la prévalence de laviolence féminine est égale à celle de l’homme. On y apprend même que certains types de violence se retrouvent davantage du côté des femmes, comme celle qui se pratique envers les enfants. »

Dans un autre de ses livres, « Fier d’être un homme », M. Dallaire évoque la question des violences conjugales en ces termes : « Concernant la violence conjugale, il nous faut une approche sans coupable qui responsabilise les deux protagonistes. Pour se disputer, il faut être deux (…) dans un couple, les deux participent à la dispute »

Dans un texte consacré à « la séduction », il affirme que « Pour séduire, il faut d’abord attirer l’attention. Partout, les femmes vont mettre en valeur leurs charmes physiques, les hommes, leur puissance et leur richesse ; (…) Les hommes paradent, les femmes provoquent. »

M. Serge Ferrand, réalisateur d’un documentaire intitulé « La Machine à broyer les hommes », a parlé au Congrès de Bruxelles sur le thème « Pourquoi la question du masculin ne passe-t-elle pas dans les médias ? » Dans un article sur Internet, cette personne conteste les chiffres de la violence faite aux femmes avec ce commentaire : « Effrayer les gens avec des données extraterrestres dans le but de les rallier à sa cause n’est pas étonnant en soi, c’est une pratique courante. Avant, cela s’appelait de la propagande, maintenant on parle de lobby. »

Monsieur Jean Gabard, autre invité de marque du Congrès de Bruxelles, est un auteur français. Il a notamment publié un ouvrage intitulé « Le féminisme et ses dérives. Du mâle dominant au père contesté ». Il explique qu’il s’agit d’une « réflexion autour de la mise en place de l’idéologie « féministe » qui, au nom d’une certaine idée de la liberté et de l’égalité, rejette l’idéologie de la société patriarcale traditionnelle, une présentation des dérives de cette nouvelle pensée dominante et de ses conséquences, notamment sur l’éducation des enfants. »

Dans un texte publié dans un bulletin du Réseau Hommes Belgique, il se demande : « L’égalitarisme ambiant ne nous amène-t-il pas à un nouveau sexisme ? » Ici, cela devient sérieux. « Ainsi, comme certains le proposent, ne cherche-t-on pas, pour aller à l’unité de sexe, à guérir « l’homme malade » pour en faire un « homme nouveau » ? Ne risque-t-on pas, alors, comme ceux qui recherchaient l’unité de race (les hitlériens) ou l’unité de classe (les staliniens) de verser dans l’utopie totalitaire et la confusion ? Nous n’en sommes pas là, mais avec l’idéalisation de l’humain androgyne, ne sommes nous pas déjà un peu dans l’indifférence? »

Une autre figure de ce réseau hoministe est M. Goetelen qui a animé un atelier sur le thème « Retrouver l’estime de soi après une rupture ou un divorce ». Il a notamment écrit ceci dans son bulletin électronique : « On sait qu’aujourd’hui une femme ou une mère qui accuse un homme de viol ou d’abus est crue a priori. (…) La victimisation féministe est l’arme de destruction massive d’une certaine mouvance pour abattre les hommes, les émasculer moralement. (…) La démolition du masculin est aussi alimentée par les études de genre, (une) escroquerie intellectuelle. (…) Même des hommes de talent, comme le sociologue idéologue Bourdieu, se sont laissé piéger. A moins qu’ils n’en aient eu quelques bénéfices sous forme de coucheries car on sait qu’encenser une femme est une des armes de la drague la plus grossière et la plus méprisante de celle que l’on convoite. »

Sur son blog, il réagit aux protestations des féministes quant à l’organisation de ce colloque en ces termes : « A peine le 3e congrès « Paroles d’hommes » est-il annoncé que les talibanes du féminisme haussent le ton. (…) Les féministes radicales, les brigades rouges du discours dominant, vont-elles encore semer la haine impunément ? (… ) Combien de psychopathes, de staliniennes et de professionnelles de la haine comptez-vous dans vos rangs ? (…) Par la force de notre vérité, nous vous arrêterons avant que notre monde ne soit contaminé entièrement par votre poison idéologique. Avant qu’il ne soit à votre botte – botte dont le modèle est repris de vos copines nazies qui gazaient des juifs il y a soixante-cinq ans dans les camps de concentration.

Le monde doit savoir qui vous êtes vraiment, et ce qu’est devenu le féminisme. Il y a eu beaucoup de dégâts à cause de vous. Il faut maintenant construire une société post-féministe (…) Vade retro, talibanes. »

Mme la secrétaire d’Etat peut-elle m’expliquer le support financier et la reconnaissance via son logo que la Région apporte à ce congrès ? Le programme du gouvernement stipule que « laRégion veillera à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes à travers l’ensemble de ses politiques ». Comment se fait-il que notre Région se trouve associée à une activité organisée par des gens qui tiennent des propos aussi hargneux et rétrogrades à l’égard des femmes et qui dénaturent de manière aussi caricaturale leur nécessaire combat? De nombreuses études de genre, que je ne doute pas que la Région finance également, sont également remises en cause ici.

M. le président.- La parole est à Mme Grouwels.

Mme Brigitte Grouwels, secrétaire d’Etat.- Je vais faire le point sur le subventionnement du colloque « Relais Hommes » organisé à Bruxelles dans le cadre de la politique de l’égalité des chances.

Mes services ont reçu une demande de subside en avril 2008. Le dossier en question concernait un congrès international qui devait se tenir à Bruxelles sous le titre « Hommes, état des lieux : ressources et besoins ». L’initiateur du projet était l’asbl « Relais Hommes » dont le président siège au conseil pour l’Egalité des Chances entre hommes et femmes de la Région wallonne. Le projet bénéficiait déjà du soutien de l’Institut fédéral pour l’Egalité entre hommes et femmes, qui en était même le sponsor principal, et dans les locaux duquel allait se tenir la première journée du congrès.

Mes services ont étudié le dossier dont il ressortait que le programme aborderait différents aspects de la position et du rôle des hommes dans une société qui aspire à l’égalité des chances entre hommes et femmes. La liste des orateurs était assez diversifiée. Vous comprendrez que, pour évaluer le subventionnement d’un dossier lié à la tenue d’une conférence, mes services ne peuvent vérifier systématiquement les antécédents ou les écrits de chaque orateur prévu. Et ce fut le cas ici aussi. Il convient de remarquer, par ailleurs, que certaines organisations de terrain avec lesquelles nous étions familiers dans le cadre de la politique bruxelloise d’égalité des chances collaboraient également au colloque. Je cite à titre d’exemple l’asbl « Praxis », qui est active dans le domaine de la violence entre partenaires.

Sur la base du dossier introduit – qui était irréprochable et qui cadrait parfaitement avec la politique de l’Egalité des chances – il a été décidé en juin 2008 d’accorder un subside de 3.000 euros.

Je constate à présent que d’autres autorités ont fait de même, qu’il s’agisse de la Région wallonne, de la Communauté française ou de la Province du Brabant wallon.

Le congrès a, en effet, donné lieu à diverses contestations. La nouvelle organisation « VAMOS », en particulier, allait saisir l’occasion pour partir en guerre contre le « masculinisme ». Je constate, pour ma part, que vous-même, Mme Delforge, vous vous faites le porte-parole des critiques de « VAMOS », sans pour autant aborder le programme de l’événement en question, hormis le fait que vous le qualifiez d’ « anodin et consensuel ». Nous pouvons être d’accord à cet égard.

La contestation repose uniquement sur le fait que certains orateurs du congrès sont étiquetés comme appartenant à la mouvance « masculiniste », et ce sur la base d’écrits ou de discours antérieurs. Nulle part, il n’est question que quelque chose dans le programme du congrès porterait atteinte aux femmes ou à l’égalité entre hommes et femmes, que ce soit de manière explicite ou implicite.

Je ne vois dès lors aucune raison de remettre en cause le subside accordé, à plus forte raison quand je n’ai reçu aucun écho négatif sur les propos qui ont été tenus durant le colloque. Bien entendu, nous restons ouverts aux critiques.

M. le président.- La parole est à Mme Delforge.

Mme Céline Delforge.- J’en conviens : vos services n’ont pas eu l’opportunité d’approfondir des recherches sur ce point. Il importe néanmoins que la Région bruxelloise cesse de soutenir ce genre de colloque.

Il s’avère que certains ateliers évoquaient le fait que la mysandrie, le contraire de la mysoginie, prédominerait dans les sociétés occidentales. On y remettait en question les études comparatives entre les sexes paraissant notamment dans les médias sur les salaires, la violence, les tâches domestiques, avec leurs conséquences négatives stigmatisant les « bons » et les « mauvais ». Par ailleurs, on remettait en cause également l’existence du « plafond de verre », les femmes, plus naïves, n’ayant pas la même capacité que les hommes à négocier avec leur patron. Par ailleurs, si un homme jouit d’un salaire supérieur à celui des femmes, cela bénéficierait néanmoins à son épouse…

Sur la base de ces divagations évoquées dans le cadre de ce colloque, je souhaiterais qu’à l’avenir la Région n’apporte plus son soutien à ce type d’événement.

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