Traité de Lisbonne et déficit démocratique

Alors qu’ils prônent la flexibilité et les heures supplémentaires, certains élus ne semblent pas vouloir prolonger leurs propres heures de travail sur un sujet pourtant essentiel comme ce Traité qui va profondément marquer de son empreinte l’orientation économique ultra-libérale de notre pays. Le TL a été examiné le jeudi 5 juin en commission dans mon parlement. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le débat démocratique est de trop, même dans une enceinte parlementaire…

Alors que la raison d’être des commissions parlementaires est de débroussailler les dossiers et de les examiner en profondeur, j’ai été priée par le président Eric Tomas (PS) d’écourter mon intervention (qui il est vrai s’est faite au milieu des conversations de nombreux de mes collègues peu intéressés par le sujet semble-t-il). A plusieurs reprises, ledit président m’a annoncé que si je ne terminais pas au plus vite mon intervention, il s’appuierait sur un article du règlement pour me retirer la parole.

Non moins hallucinant, le ministre Vanhengel (VLD) a répondu qu’il aurait bien aimé répondre point par point à mon exposé mais qu’il ne le ferait pas car il estimait qu’il n’y avait aucune volonté d’écoute de ma part. Il a également signalé que j’étais encore pire que les marxistes-léninistes, trotskystes et maoïstes de sa jeunesse (qu’il se rassure, la brigade anti terroriste s’occupait d’eux au même moment).

Un CD&V a proposé qu’à l’avenir on limite le temps de parole des orateurs ne représentant pas leur groupe à 7 minutes (j’ignore pourquoi pas 6 ou 8). D’aucun se sont indignés que je parle plus longtemps que ceux qui ont pris la parole pour leur groupe (mais bon, ils n’avaient qu’à parler plus longtemps s’ils le voulaient).

Le FDF par la voix de Gosuin a estimé que je ne faisait que répéter ce que j’avais déjà dit sur le TCE (et pour cause) et que comme je n’avais quand même aucune chance de convaincre personne, pas même mon parti, autant que je me taise.

Enfin, heureusement, le MR a fait une intervention très appréciée du ministre et du reste de l’assistance en insistant sur l’importance de trouver une belle résidence au futur président du Conseil qui logera à Bruxelles car le bâtiment risque d’être souvent photographié par la presse internationale (si quelqu’un a des conseils pour la déco, je suis prête à transmettre).

Bien que j’ai pris la parole en opposition avec mon parti et donc hors de mon groupe, Christos Doulkeridis qui représentait Ecolo a pris ma défense en disant que j’avais fait mon travail parlementaire en préparant le dossier et qu’il était donc normal que je puisse m’exprimer. Lorsqu’il a eu l’outrecuidance de suggérer que les collègues n’avaient probablement pas lu une traitre ligne du TL, de nombreuses protestations se sont fait entendre et beaucoup ont affirmé connaître parfaitement le texte.

Rappelons quand même que les opposants au referendum en Belgique ont toujours affirmé que la démocratie serait respectée grâce aux débats dans nos nombreux parlements. En effet, le débat aura duré à peine deux heures, ce qui est risible au regard du temps d’examen de certaines ordonnances parfois anecdotiques ou purement techniques.

Bref, on est passés de « cause toujours » à « ferme ta g… ».

Pour admirer un concentré de l’état de notre démocratie parlementaire, vous pouvez consulter le rapport complet de cette commission ici

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